Voici la biographie de Kamini par Olivier Cachin
Nous sommes en 2009 après Jésus-Christ. Tout le rap français est gangrené par le gangstérisme de pacotille. Tout le rap ? Non ! Un artiste résiste encore et toujours au formatage…
Et c’est Kamini, révélation surprise de 2006 avec son single hors normes, hors format, un rap en (disque d’) or intitulé « Marly-Gomont ».
Révélé par Internet, le clip de ce morceau à nul autre pareil est devenu un vrai tube, alors qu’il n’était qu’une maquette destinée aux maisons de disques. Kamini s’en souvient comme si c’était hier : « Le 12 septembre 2006, tout a basculé, comme on dit dans les reportages. On était partout. Je sors de mon taf comme infirmier de nuit en psychiatrie, il est 14 heures, j’arrive en ville et les gens commencent à bloquer : “C’est lui, le gars sur Internet !“ Ça prenait une autre proportion ».
La suite, ce fut un premier album sorti chez Sony, Psychostar World, première preuve que ce coup d’essai n’était pas le fruit du hasard. On y découvrait un univers original, peuplé de personnages incroyables sortis de l’imagination du rappeur de Marly-Gomont. « On ne pouvait pas arriver avec un album au son beaucoup plus large, il y aurait eu trop de décalage, ça n’aurait pas été cohérent. Donc on s’est restreint et on est resté minimalistes. On a juste un peu grossi le bazar et on a bossé confortablement, mais il a fallu aller vite au niveau timing. La vraie contrainte, c’était d’avoir été connu avec une maquette».
Kamini travaille surtout l’image, avec comme second clip « J’suis blanc », une hilarante fiction au concept osé. 120.000 albums plus tard, Kamini passe à la suite : le toujours difficile deuxième album, Extraterrien. Et cette fois, fini le son rikiki : la transition est palpable dès le premier titre, « Les raps », une mise au point pour tous ceux qui veulent catégoriser Kamini dans la case « rap des champs ». Programmations sophistiquées, musiciens invités, producteurs avisés. On est loin, très loin des « frooty loops » du premier single, on entre dans la musique, la vraie, celle qui groove et qui bounce.
Ce qui n’a pas changé ? L’authenticité des textes, la fraîcheur des concepts, l’humour et la profondeur. « C’est le rap de Kamini, c’est tout. Je ne peux pas rapper comme si je venais du 9-3, ça n’est pas le cas. “Rap rural“, c’est réducteur. Et “rap agricole“, ça ne veut rien dire ! » explique l’artiste à l’incroyable tignasse, qui s’exprime enfin pleinement et ose des titres sérieux comme « En ce moment même », avec un chœur reprenant l’Avé Maria (il fallait oser, Kamini l’a fait) et des lyrics qui commentent avec froideur la folie de l’homme, toujours prêt à buter son prochain et à courir vers le précipice comme une armée de lemmings.
Attention, ne pas croire que Kamini est en pleine crise de neurasthénie : il ne fait qu’élargir son horizon rapologique, comme en témoigne « Ya l’aziz », au tempo arabisant chevauché par la star du raï Hamid Mestari. « Ça c’est showbiz » raconte la nouvelle vie de Kamini… Ou presque ! « C’est la suite de “Marly-Gomont“, je raconte comment ça se passe dans le milieu. C’est grossi mais c’est vécu. C’est ce qui se passe après la célébrité ».
« Ovni » pose un regard original sur la race humaine : celui d’un extra-terrestre qui observe la folie des humanoïdes. Kamini : « C’est un constat. Je me suis dit : “Si les extra-terrestres existent, qu’est-ce qu’ils peuvent bien penser de nous ?“ En supposant qu’ils soient un peuple de paix et de cohésion, ils doivent halluciner sur notre comportement. L’instru a un son qui fait penser à l’espace, à la galaxie ». Si le monde est fou, Kamini est lucide. Et il s’est donné les moyens de mettre en musique ses visions d’extraterrien venu du Nord : auteur, compositeur il travaille avec une quarantaine de personnes à la production de cet album complet, parmi lesquels la chanteuse de Cléopâtre Dominique Magloire, le guitariste du groupe électro Silvouplay et le producteur du label Aftermath, Focus, homme de main de Dr. Dré qui signe le son avant-gardiste de « La bagarre ».
En guise de final, « Son de l’campagne dans ta gueule » met les points sur les i et définit une bonne fois pour toutes le personnage : indéfinissable, impossible à catégoriser. « Je veux déstigmatiser le rap. Il n’y a pas que des mecs qui ont des guns, des tatouages et qui râlent toute la journée, il y a aussi autre chose. Ce que je fais, on voit bien que c’est du rap qui n’a rien à voir avec Booba ou autres. C’est du Kamini, je ne suis pas dans une case. Même quand on me comparait à Fatal Bazooka, c’est une comparaison qui ne sert à rien. Moi j’ai grandi à Marly-Gomont, vécu là-bas, c’est du vrai. Ça n’est pas la même chose, ça n’est pas comparable. Je suis hors créneau ».
« Le rap, c’est raconter sa vie, son vécu, son destin /Et pas s’inventer une vie juste pour faire bien », rappe Kamini. Ni bandit, ni bouffon, l’homme venu de Marly-Gomont en donne la preuve par 14 dans Extraterrien.
Et ça fait du bien.
Olivier Cachin




















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